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mercredi 17 décembre 2025

Le puits aux fées

  



« Maroussia, ne t’éloigne pas de la maison ! »
La gamine haussa les épaules. La vieille dame l’appelait depuis le perron de la chaumière, agitant son bâton comme quand elle rameutait les chèvres à la tombée de la nuit.

— Grand Ma, il faut que j’aille au vieux puits !

— Qu’est-ce que tu racontes ? C’est la nouvelle lune. La nuit la plus sombre de l’année. Tu vas te perdre !

— Justement, Grand Ma. Il faut que je voie les fées… C’est important !

— Fadaises ! Les fées n’existent pas. Rentre tout de suite, tu vas attraper la mort à courir ainsi dans la neige !

Grand Ma ne voyait-elle donc pas les signes ? Le soleil devenait chaque jour plus faible, sa trajectoire se faisait de plus en plus basse sur l’horizon. Et maintenant la lune… Ne comprenait-elle donc pas ?

mardi 15 avril 2025

Snoui, le flocon qui voulait voyager

« Tu sais qu'il existe des pays où les enfants n'ont jamais vu la neige ?

J'interrompis mon somme avec un grognement. Déranger un ours pendant sa sieste n'est pas très poli et c'est pire quand c'est pour dire des bêtises.

— Qu'est-ce que tu racontes, Snoui ? Jamais vu la neige ? Ce n'est pas possible !

Snoui le flocon se comportait de manière étrange ces derniers temps. Il passait ses journées perché sur une branche de sapin, refusant de jouer à boules de neige avec les enfants. C'était pourtant bientôt Noël, la saison favorite des flocons.

— Je t'assure. C'est Oscar qui m'en a parlé. Il voyage beaucoup.

Je reniflai un bon coup, essayant de garder mon sang-froid. Oscar était un bonimenteur de première, comme tous les canards. Il n'arrêtait pas de nous saouler avec ses récits de voyage.

— Faut pas croire les canards, Snoui. Ce sont tous des menteurs.

mardi 23 septembre 2014

La rouille



Sheela contemplait la masse rouge sang qui envahissait progressivement la surface du lac. La tache se déployait en arc de cercle, grouillant à la surface comme une armée d’êtres minuscules lancée à la conquête du plan d’eau pour atteindre la rive où elle se trouvait. La tache était encore loin mais il lui sembla qu’elle avait gagné du terrain depuis la dernière fois. Les nénuphars de son côté de la rive étaient toujours là et, à travers l’eau limpide, elle pouvait apercevoir les petites grenouilles vertes qui apparaissaient et disparaissaient en une brasse nonchalante. Passé la limite de la mousse rouge, par contre, rien ne bougeait. Même les libellules bleues se tenaient à distance, limitant leur ballet aérien à une dizaine de mètres de la frontière entre les deux eaux.
Sheela choisit un galet sur la grève et le lança de toutes ses forces vers le centre du lac. Le caillou heurta la surface en soulevant une gerbe d’eau claire et les remous concentriques se propagèrent rapidement à l’assaut de la mousse rougeâtre. Celle-ci recula un instant sous la poussée des vagues et Sheela pouvait presque voir les minuscules vaisseaux pirates tanguer sous la houle. Elle imaginait les microscopiques équipages s’accrochant désespérément aux cordages tandis que leurs navires se fracassaient sur la tempête qu’elle avait déchainée. Vague après vague, les remous vinrent heurter les premières lignes, les repoussant de quelques centimètres à chaque fois. Puis les cercles faiblirent progressivement jusqu’à n’être plus que de fins rayons, aussi impuissants contre la marée rouge que les reflets de la Lune.
Sheela resta un long moment à observer la surface de l’eau, jusqu’à ce que l’ombre vienne progressivement l’envahir. L’astre solaire avait atteint la crête des montagnes à l’ouest et disparaissait à vue d’œil.